Fabien Valour




« Je ne peins pas le monde tel que nous le voyons. Je peins la manière dont notre esprit le construit. »
Depuis plus de vingt-cinq ans, mon métier consiste à raconter des histoires à travers l’image.
Réalisateur vidéo, graphiste 3D et motion designer, j’ai consacré une grande partie de ma carrière à créer des univers visuels pour des marques, des entreprises et des projets artistiques. Cette expérience m’a appris la rigueur de la composition, la force de la couleur, l’équilibre des formes et l’importance de chaque détail dans la perception d’une image.
Mais au fil des années, un besoin plus personnel s’est imposé.
Dans un monde où les images défilent à toute vitesse sur nos écrans, j’ai ressenti l’envie de ralentir. De retrouver une création plus instinctive, plus tactile, où le temps reprend sa place. La peinture est devenue cette respiration. Non pas une parenthèse dans mon parcours, mais son prolongement naturel.
Si mon travail numérique consiste souvent à construire des images pour raconter une histoire, la peinture me permet d’aller plus loin : explorer ce qui se passe avant même que cette histoire n’existe.
Ce qui m’intéresse n’est pas tant de représenter la réalité que de comprendre comment nous la percevons, comment nous la mémorisons et comment elle façonne notre identité.
Toutes mes œuvres, quelles que soient leurs formes ou leurs couleurs, gravitent autour de cette même question.
Comment notre esprit construit-il le monde qui nous entoure ?
Cette recherche s’exprime aujourd’hui à travers trois séries complémentaires.
La série Carrés explore la mémoire. Chaque tableau est constitué de centaines de cellules colorées, semblables à des fragments de souvenirs, d’émotions ou d’expériences. Observées de près, elles racontent une multitude d’histoires individuelles ; observées dans leur ensemble, elles révèlent une image nouvelle, comme notre cerveau assemble les milliers d’informations qui composent notre existence.
Avec la série BIG Eyes, le regard devient le véritable sujet de l’œuvre. Les yeux ne sont plus seulement un élément du portrait ; ils incarnent la perception, l’intuition, les émotions et cette part invisible qui nous relie aux autres. Derrière leurs couleurs vibrantes se cache un dialogue silencieux où chacun peut reconnaître une émotion qui lui appartient.
La série Monkey utilise quant à elle la figure du singe comme une métaphore de l’être humain. À travers ces personnages expressifs se mêlent humour, dérision, philosophie et introspection. Ils reflètent nos contradictions, nos instincts, notre intelligence, nos doutes et cette étrange capacité que nous avons à être tour à tour sages… ou profondément irrationnels.
Si ces univers semblent différents au premier regard, ils racontent en réalité une seule et même histoire.
Les BIG Eyes parlent de la manière dont nous percevons le monde.
Les Carrés évoquent la façon dont notre mémoire en conserve les traces.
Les Monkey questionnent ce que ces expériences font de nous.
Trois séries. Trois langages. Une seule exploration : celle des mécanismes invisibles qui façonnent notre regard sur le monde.
Mon parcours dans la création numérique continue naturellement d’influencer ma peinture. L’organisation des compositions, la narration visuelle, le travail des contrastes, le rythme des formes ou encore l’utilisation de la couleur trouvent leurs racines dans cet univers. À cela s’ajoutent aujourd’hui la matière, les reliefs, les imperfections volontaires et le geste, qui donnent à chaque œuvre une présence physique que le numérique ne peut offrir.
Je ne cherche pas à imposer une lecture unique.
J’aime l’idée qu’un tableau continue de vivre après avoir été regardé. Qu’il laisse place à l’imaginaire, aux souvenirs et aux émotions de celui qui le découvre. Que chacun puisse y retrouver une histoire différente, parce que nous regardons tous le monde avec notre propre mémoire.
Au fond, mes peintures ne cherchent pas à montrer la réalité.
Elles invitent simplement à regarder autrement.
contact: fabienvalour@gmail.com